Entrevue par André Ducharme
juin 2009

L’actualité, vol. 34 n° 10, p. 54

Mine d’art
Né en 1976 à Saint-Georges de Beauce, où il se sent vite à l’étroit, Éric Bolduc entre à 17 ans à l’Université d’Ottawa et en ressort avec un bac en arts visuels (mineure en philo). Arrivé à Montréal à 21 ans, il dit à ses amis : « Ma première expo solo se fera au Musée d’art contemporain de Montréal ! » La vie le ramène à la réalité : six ans au sein d’une compagnie de téléphonie et quelques cours à HEC lui donnent le virus de la gestion. Afin de lier sa passion pour les arts visuels et son sens des affaires, il fonde ratsdeville, webzine  » à but participatif  » voué au soutien de la communauté artistique underground de Montréal.

Un artiste et un vendeur dans la même personne, c’est le gros lot.
La promotion, c’est le chaînon manquant pour la majorité des artistes, la plupart ne concevant même pas qu’ils puissent se vendre. Le webzine agit comme un entremetteur entre les artistes, les commissaires d’expositions alternatives et les gens d’affaires
locaux.

De quoi vit ratsdeville ?
De zéro cent depuis sa création, en 2006. Mais j’ai enfin reçu les lettres patentes de constitution en organisme sans but lucratif. Je peux donc commencer à démarcher pour obtenir du financement privé et public.

Le contenu du webzine repose sur les communiqués que fournissent galeristes ou artistes. On n’y lit aucun commentaire critique.
J’exerce un choix critique en décidant de ne pas mettre en ligne des expos que je ne considère pas comme intéressantes. Mais un des axes les plus importants de Rats de ville, c’est l’éducation, et l’éducation commence par l’information. On est culturellement sous-éduqués au Québec ; il n’y a personne à blâmer, on est jeunes, on n’a pas de Léonard de Vinci dans notre patrimoine.

Comment définir l’art à une époque où même un tag est considéré comme une œuvre ?
Grande question philosophique ! Est-ce de l’art parce que tout le monde le dit ou est-ce de l’art parce que personne ne comprend ? L’art, c’est une nomination. Si je déclare que ça [il montre un pot à fleurs quelconque], c’est de l’art, et que je fais accepter cette désignation par un grand nombre, ça devient de l’art.

Ne nous présente-t-on pas comme de l’art ce qui n’est souvent que concept, scandale ou provocation ?
L’art n’existe pas que pour réconforter. Je n’adhère pas à l’art purement conceptuel, fermé au non-initié, même s’il a sa place dans l’écosystème artistique. Moi, ce qui m’excite, c’est quand ma tête et mes sens entrent en dialogue avec le corps d’une œuvre, que celle-ci m’interroge et m’ouvre à plusieurs horizons.

Comment se porte l’art actuel au Québec et au Canada ?
Parce qu’il n’est pas régi uniquement par le marché, mais qu’il est subventionné, notre art est de qualité et reconnu comme tel dans les biennales. Nos artistes n’ont pas à signer des oeuvres digestes, consensuelles, pour répondre aux normes marchandes.

Allez-vous voir les expos dont vous vous faites le porte- parole ?
L’ironie, c’est que je promeus tout le monde, mais que je ne vois personne ou presque ! Je travaille trois jours par semaine dans un périodique culturel pour gagner ma vie, et le webzine me prend beaucoup de temps.

Le vendredi, je diffuse un bulletin d’informations qui suscite beaucoup d’intérêt dans la communauté. Mes ambitions s’incarnent quand je constate que les gens cliquent [plus de 12 000 visites par mois] et se déplacent vers les expositions annoncées. Car il faut fréquenter les galeries : ce sont souvent des mines d’or.

ratsdeville.typepad.com

 

Publicités