Éric Bolduc XYZ

Coach Communications & Promotion

Grégory Chatonsky ~ ratsdeville@montréal

Photo Courtesy XPO Gallery et Grégory Chatonsky

Photo Courtesy XPO Gallery et Grégory Chatonsky

Rencontre avec Grégory Chatonsky, un artiste qui utilise les flux d’Internet en tant que médium. Ses œuvres souvent automatisées explorent une zone indiscernable entre l’humain et la machine.

19 juin 2015

Continuer ci-dessous pour la retranscription de l’entrevue.

Éric : Grégory, tu es un artiste du Net Art. Comment en es-tu venu à faire de l’art avec Internet, avec le Net ?

Grégory : Peut-être d’abord il y a : pourquoi je suis venu à l’art ? Parce que je ne me définis pas vraiment comme Net artiste. C’est vrai que je travaille beaucoup sur Internet, mais d’abord, il y a depuis très longtemps le désir de faire de l’art. Je n’ai jamais eu de question sur ma vocation. Depuis l’âge de six ans, je sais que je vais être artiste. Ça vient d’une part du fait que mes parents m’amenaient une fois par semaine au Louvre. Et j’ai commencé à faire du dessin et de la peinture. Donc, mes parents ont vraiment soutenu ça. J’avoue que je n’ai pas du tout eu à m’opposer à mes parents. Bien au contraire, ils étaient très heureux de cette vocation. Et puis, quand j’ai commencé vraiment à me dire : voilà, j’ai envie d’en faire mon métier – j’étais peintre au départ – j’avais l’impression que j’avais beaucoup de plaisir à peindre, mais que je répétais en moins bien ce qui avait déjà été fait.

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Progressivement, je me suis tourné vers ce qui y correspondait à l’époque, qui était le numérique, l’ordinateur. À une époque où – c’était très tôt, en 87-88, on parle de cette période-là – et très tôt, le plaisir que j’ai eu avec Internet, c’était très simple. C’était un plaisir, ce n’est pas très compliqué. C’est que le matin, je pouvais me réveiller avec une idée, je faisais cette idée et je pouvais la diffuser. Je n’avais pas à attendre après un musée, une galerie. Et c’était ça d’abord, Internet, c’était pouvoir directement diffuser mon travail. L’idée, ce n’était pas de faire de la peinture sur Internet. Je n’en ai jamais fait. C’était de travailler sur cette chose-là qui, dès le début – dès 94 – m’a semblé quelque chose qui allait envahir la société. Alors je suis très heureux parce que ce pari a fonctionné. C’est-à-dire que l’événement le plus important de la fin du 20e siècle, l’un des événements les plus importants de la fin du 20e siècle et du début du 21e, clairement, c’est Internet qui s’est généralisé absolument partout.

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É : Et puis en 1994, tu as créé une plateforme de diffusion de Net Art. Tu as eu l’idée justement de même aller faire une plateforme, qui ça aussi, c’est propre au matériel de l’Internet qui est à la fois la diffusion, l’environnement, l’outil …

G : Je pense qu’à cette époque-là, pour ma génération, il y a eu beaucoup de collectifs. Quand on est artiste, souvent, finalement, on est un peu seul. Et là, on s’est mis ensemble d’abord pour s’inspirer les uns les autres. On était aussi réunis par – ça s’appelait Incident, ça s’appelle toujours Incident – par cette idée que les technologies, ce n’est pas seulement des trucs qui fonctionnent pour faire du cash. C’est aussi des accidents, des bugs, des incidents. Et c’est ça qui nous permet peut-être de faire de l’art. C’est tout ce qui permet de détourner l’usage classique des machines, auxquelles on est soumis quotidiennement. Le réseau, ce n’est pas seulement Internet, ce n’est pas seulement la toile. C’est aussi le réseau social, un réseau de travail. C’est aussi une nouvelle manière de travailler.

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Et on continue de loin en proche à échanger des choses, à discuter de nos travaux, parfois à ne pas être d’accord. Parfois, je contacte des copains d’Incident, je leur dis : je suis en train de faire ça, qu’est-ce que tu en penses ? etc. Il y a toujours cet échange qui est très désintéressé, qui est très gratuit. J’aime beaucoup la collaboration. Je trouve que, humainement, il y a quelque chose qui m’émeut beaucoup quand les gens ne pensent plus à eux-mêmes, mais pensent seulement à un objet qu’ils sont en train de faire et qui les dépasse. Que ce soit politiquement – ça peut-être un projet politique, ça peut-être un projet artistique – mais je trouve que c’est la société telle que je la rêve. Je pense que quand on est artiste, on rêve d’une société qui n’existe pas – qui n’existera peut-être jamais, parce que le peuple manque – et j’essaie parfois dans une collaboration, avec plus ou moins de réussite, de créer cette société à laquelle je rêve à toute petite échelle.

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Il est étonnant en art de vouloir comprendre, comme dirait David Lynch, alors que dans la vie, on ne comprend rien. Pourquoi est-ce qu’on exigerait de l’art ce que nous n’exigeons pas de l’existence ? L’existence et l’art sont contingents. L’objectif, à mon avis, des œuvres d’art, n’est pas de donner un message. Sinon, il vaut mieux faire de la communication et de la publicité, c’est beaucoup plus adapté. Ou d’écrire des livres avec des mots. Les mots sont faits pour communiquer quelque chose. L’art, c’est une manière d’avoir de l’intelligence du sensible. C’est-à-dire de ressentir les choses autrement, de voir les choses sous un autre angle. L’objectif, à mon avis, de ce que j’essaie de faire, ce n’est pas tellement de communiquer un message ou de donner mon point de vue sur les choses – qui n’est pas plus intéressant que le point de vue de n’importe qui. C’est plutôt d’essayer de rendre sensible la sensibilité elle-même. C’est-à-dire de faire en sorte de pouvoir voir, apercevoir les choses de manière un peu différente et décalée. Ce qui m’intéresse, c’est de produire des projets, c’est de faire des projets. J’ai une gourmandise non pas sur la reconnaissance sociale, mais sur les projets artistiques que je peux faire et qui vont exister indépendamment de moi. C’est-à-dire que je n’estime pas que c’est une projection de ce que j’ai dans la tête. C’est que je suis juste l’occasion d’autre chose que moi. Et donc j’aime bien cette altérité. Et au fil du temps, ce que je pense, c’est que j’essaie de travailler – de manière sincère – sur le rapport inextricable entre nos existences et les technologies.

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En 2005, j’avais fait un travail – une installation interactive en réseau, comme on-dit – qui s’appelait Se toucher toi. C’était quoi ce dispositif ? On voyait la main d’un homme et d’une femme sur un paysage naturel. Et il y avait une interface. Et quand je déplaçais ma main sur cette interface, je manipulais la main de l’homme et de la femme qui se caressaient. Donc, par ma main, je les faisais se caresser. J’avais un certain plaisir à avoir ce pouvoir-là. Sauf qu’à un certain moment donné, les deux mains commençaient à se caresser indépendamment de mes ordres. Pourquoi ? Parce que l’installation existait ailleurs, à un autre endroit. Et ce que je voyais, c’était le résultat de l’interaction de quelqu’un d’autre. Donc, par voie de conséquence, je comprenais que quand je jouissais du pouvoir que j’avais sur ces deux mains, je l’imposais à une autre personne qui était ailleurs.

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Pourquoi j’ai fait, ça a été quoi le point de départ ? Pourquoi j’ai eu envie de faire ce truc ? Parce que parfois, quand on caresse quelqu’un – en général qu’on aime ou qu’on désire – il y a des moments précieux où on ne fait plus la différence entre qui est touché et qui est touchant. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire. Très, très matériellement. C’est-à-dire qu’à un moment, ce n’est pas qu’on touche l’autre, c’est qu’aussi on se touche par l’autre – ce sont de grands moments d’émotions, enfin, très intimes et très impersonnels. Et quand on touche à ce qu’il y a de plus intime en nous, on touche à ce qu’il y a de plus anonyme aussi, ce qu’il y a de plus indistinct. Et ça, c’est un délice et une terreur à la fois. Et un effroi. C’est cette conjonction, cette zone grise entre ce qu’il y a de très émouvant dans les techniques et ce qu’il y a de très anonyme en nous, sur lequel j’essaie de travailler de projet en projet en projet en projet. Et je suis encore loin de ce que je veux faire, mais peut-être que dans 10, 20, 30 ans, j’y arriverai.

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Ce qui m’intéresse, c’est à relier ces fantasmes. C’est d’essayer de voir comment les technologies, plutôt que de dépasser notre finitude, peuvent nous permettre de l’accentuer. C’est-à-dire de vivre plus intensément nos limites, parce que je pense que quand on ressent quelque chose, on ressent nos limites. Un autre exemple : il y avait une installation que j’avais exposée à Oboro, ça devait être en 2008, qui s’appelait Waiting. J’avais filmé des gens dans une gare à Paris, qui s’appelle la gare du Nord. Il y a un truc que j’aime beaucoup dans les gares, c’est regarder les gens qui sont en train d’observer les horaires. Donc, ils vont partir, mais ils regardent en l’air et puis ils n’arrêtent pas. Ils savent à quelle heure est leur train, mais ils n’arrêtent pas de regarder. Comme s’ils allaient louper, manquer quelque chose. Et j’ai superposé sur ça des twits sur Twitter qui défilaient en temps réel sur des gens aussi qui attendent, sur des gens qui ont des sentiments. Donc, je repérais des mots clés avec des sentiments. Et donc, il y avait une espèce de corrélation entre ces gens qui attendent dans une gare et puis le fait que sur Internet, on n’arrête pas d’être connecté en arrière, quand on travaille. On n’arrête pas d’avoir Twitter, Facebook, au cas où. Et on attend que quelque chose arrive qui n’arrivera jamais. C’est un peu comme quand on est dans un party, puis à 3h ou 4h, il y a toujours des gens qui sont là, qui devraient partir. Ils sont là et ils ont le regard un peu vague et ils attendent que quelque chose arrive et ça n’arrivera jamais. J’aime bien cette attente-là de quelque chose qui n’arrivera jamais. Les technologies aujourd’hui sont aussi un environnement qui permet d’accentuer et de nous faire vivre ça à grande échelle. Ces zones indistinctes, imprécises et émouvantes de l’existence finalement qui ne relèvent pas de l’histoire personnelle.

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É : Ton projet Capture. Ça, c’est quelque chose … j’aimerais que tu me parles, de Capture.

G : C’est un projet sur lequel je travaille depuis plusieurs années. C’est aussi un projet de recherche. C’est très académique et tout ça. En fin de compte, je suis parti du principe que depuis 10 ou 15 ans, les industries culturelles, et en particulier les industries musicales, n’arrêtent pas – et ça concerne aussi le cinéma, la presse écrite – n’arrêtent pas d’annoncer leur mort. Ils vont disparaître, ils sont au bord du gouffre économique. Il vont mourir. Pourquoi ? Parce que les gens n’arrêtent pas de télécharger des musiques sur Internet et donc de voler ces musiques.

É : Illégalement.

G : Illégalement. Et donc, ils vont mourir. Capture, c’est quoi ? C’est l’idée d’un groupe de rock fictif qui serait la solution un petit peu ironique à ce problème économique. Donc, c’est un groupe de rock qui est tellement productif, 24 heures sur 24, que personne ne peut tout entendre. C’est un système qui est tellement productif que maintenant là, on a je crois 22,000 musiques. Bien 22,000 musiques fois quatre minutes, ça fait environ une dizaine d’années. Personne ne pourrait tout écouter. Et donc, c’est déborder …

É : Parce que ça continue toujours.

G : Parce qu’en fin de compte, on ne rattrapera jamais. Parce que ça continue à produire. Si j’écoute une musique, ça continue à produire. Et c’est quelque chose qui a toujours été, quelque chose qui m’a obsédé : faire des œuvres que personne ne pourra voir en totalité matériellement.

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Mais comment créer un peu de musique pop pas très bonne, mais moyenne ? Comment faire en sorte que ça chante ? Quelles paroles ? J’ai travaillé avec des gens, par exemple Jean-Pierre Balpe, qui fait des logiciels qui produisent nos paroles. Aussi aller chercher sur Internet des choses, chercher des twits avec des sentiments. Par exemple, j’ai fait une chanson sur la solitude grâce seulement à Twitter en cherchant les gens qui expriment leurs sentiments sur Twitter. Et ça, appliqué absolument à tout. Donc, on produit automatiquement des livres. On produit des vidéos en allant chercher, avec des mots clés, sur YouTube, des choses. Et ça 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

É : Tout est automatisé.

G : J’aime beaucoup, je suis très sensible aux machines solitaires. C’est-à-dire un robot qui fait toujours la même chose, obstinément, parce qu’on lui a demandé de le faire. Il y a un autre point de départ de Capture. C’est bien sûr « 2001 Odyssée de l’espace ». Parce qu’Al 9000 ou Carl 9000 – selon qu’on soit anglais ou français, dans la version anglaise ou française – juste avant de mourir, juste avant de dire : je sens mon esprit partir – c’est son dernier mot – il chante Au clair de la lune, je crois. Et progressivement, il déraille quand il chante. Capture, ça serait un peu ce super ordinateur imaginé par Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick qui aurait continué à chanter encore et encore et encore.

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É : Grégory, parle-moi des robots de Capture.

G : Les bots de Capture, il y en a un que j’aime bien. En fin de compte, c’est un bot tout simple qui simule une navigation sur Internet. C’est une espèce de logiciel qui prend un navigateur Internet et qui va – je lui donne des mots clés – et il va chercher sur Internet désespérément à retracer l’information. Donc, on voit vraiment sur un écran – c’est une installation – une navigation, mais totalement automatique, sans personne derrière. Il va chercher – et en général, ce qu’il cherche, c’est les autres bots en fin de compte. Il cherche à comprendre s’il y a d’autres bots. On entend Recourse Vild, qui travaille pour Google. Il va chercher des vidéos, il écoute les vidéos. Après, il va sur autre chose. Par rapport aux mots clés qu’il a découverts dans la page, il cherche d’autres mots clés qui correspondent. Il s’agit d’un système un peu sémantique. Et j’aime bien cette idée d’un bot, d’une espèce d’existence sans conscience qui fait toujours la même chose, sans très bien savoir pourquoi. Un peu comme nous, parfois, on fait des choses et on ne sait pas pourquoi.

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É : La fossilisation, c’est quelque chose qui t’intéresse beaucoup en ce moment. Tu ressors d’une résidence, le titre c’est Mémoire éteinte, qui parle de la fossilisation de notre mémoire numérique.

G : En fin de compte, on est parti d’un principe un peu spéculatif. C’est quoi notre point de départ ? C’est que nous savons que l’espèce humaine va disparaître. L’espèce vivante. Je parle des animaux que nous sommes. Pas seulement à cause de notre activité.

É : C’est inévitable.

G : Mais parce que les espèces naissent et disparaissent. C’est inévitable. Peut-être que demain, il y aura une météorite qui arrivera sur Terre et on disparaîtra. Imaginons qu’on disparaît. On sait que ça va arriver, mais on ne sait pas quand. Mais mettons-nous dans cette situation. Et puis dans quelques dizaines, centaines ou millions d’années, quelque chose, on ne sait pas ce que c’est, on n’a pas à le déterminer. C’est peut-être organique, c’est peut-être machinique, mais quelque chose arrive sur Terre et commence à creuser la terre. Et en creusant la terre, il découvre les milliards et milliards d’objets que nous avons produits. Des objets absolument identiques les uns des autres. Des millions de iPhone, des milliards de sacs plastique. Et à partir de ces archives, de ces fossiles, ils essaieraient d’imaginer ce que nous avons été, de reconstituer l’espèce vivante que nous avons été.

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Le projet qu’on a fait avec Dominique Sirois à la Chambre blanche pendant notre résidence, qui s’appelle Mémoire éteinte, et qui est donc la suite de Télofossile, ça part un peu du même principe que Télofossile. C’est cette conscience, cette chose indéterminée qui arrive sur Terre une fois que la Terre est revenue à sa minéralité. Que non seulement l’espèce humaine a disparu, mais que toute espèce vivante organique a disparu. Creuse la Terre. Et là, il découvre une ferme de serveurs. On peut imaginer une ferme de serveurs de Google. C’est quoi une ferme de serveurs ? C’est un lieu très particulier. Parce que c’est des lieux qui existent aujourd’hui. C’est un lieu totalement fermé, totalement sécurisé, dans lequel il y a plein d’ordinateurs qui communiquent avec l’extérieur. En fin de compte, quand on va sur Internet, en général, on va chercher des informations qui sont dans les fermes de serveurs. Il y a des fermes de serveurs absolument partout. Mais aussi, ces fermes de serveurs vont enregistrer des informations de nous. Parce que, bien sûr, quand on navigue sur Internet, il faut pas rêver. Tout ce qu’on fait est enregistré. On le sait bien. Depuis l’affaire Snowden.

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C’est une mémoire machinique qui accumule un nombre d’informations comme jamais auparavant dans l’histoire de l’humanité on en a fait. Il faut comprendre le séisme. C’est assez sérieux ces questions. Je sais que, dans l’art, ça peut être rigolo, mais là, c’est sérieux. C’est que l’histoire avant et l’art, c’était quoi ? C’était l’histoire des gens qu’on n’oubliait pas. C’était une toute petite minorité de gens qu’on n’oubliait pas : les scientifiques, les politiques, les grands hommes, les artistes. Et puis tous les autres, les anonymes, les pauvres, le peuple, on l’oubliait parce qu’il n’y avait pas de traces ou très peu de traces de ces gens-là. Aujourd’hui, des traces des anonymes, il y en a absolument partout sur ces fermes de serveurs. Donc comment, même pour nous, être humains, dans 50 ans, les historiens vont raconter notre histoire, s’ils prennent en compte, et ils devront prendre en compte, toutes ces archives. Qu’est-ce que va devenir l’histoire? Et puis aussi qu’est-ce que va devenir l’art ? Parce que l’art, c’était quoi ? C’était des gens qui parlaient à la place des autres. Quand on voit les grandes œuvres du passé, elles synthétisent une époque, elles parlent d’une époque passée. Mais si tout le monde a la parole, quelle qu’en soit la qualité, qu’est-ce que ça devient, l’art ? Est-ce que c’est encore légitime ?

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Ce qu’on a fait avec Dominique Sirois, c’est justement d’essayer de nous plonger dans cet univers qui serait en notre absence – ce qui est bien sûr impossible, c’est pour ça que c’est une fiction, c’est une spéculation – et où on aurait des fragments du passé. Pour donner un exemple, on a un système qui permet, avec des routeurs wifi, d’accéder avec son propre téléphone portable dans l’exposition à des images. On se connecte à un réseau fermé et on a des images. Des images qu’on peut trouver sur Internet. Par exemple, il y a une séquence vidéo que j’aime beaucoup. C’est un chat, un petit chaton – sur Internet c’est sur les chatons – un chaton qui s’attaque à une sculpture d’un chat de même taille que lui. Et il n’arrête pas de le griffer, de se battre contre ce chat. Donc, il se bat contre une représentation. Et c’est quoi l’art à part le fait, comme ce petit chaton, de se battre avec nos représentations, avec ces fantômes ?

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Et c’est une manière de montrer que dans le caractère même très anecdotique, très anodin de toutes ces informations qu’on enregistre sur Internet, qui peuvent sembler stupides, notre histoire à nous, en tant que « nous sommes là encore vivants », elle est en train d’émerger. L’odeur de l’époque, l’esprit du temps commence à émerger. Et cet esprit du temps, dans le contemporain, c’est peut-être ça qui m’intéresse. Je ne suis pas un technologue ou un « geak ». Je n’aime pas beaucoup les ordinateurs, je dois l’avouer. Mais c’est l’un des symptômes les plus communs que je peux partager avec les gens de ce que nous sommes en train, en commun, de vivre. Et donc, c’est pour ça que ça m’intéresse.

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É : Est-ce que tu peux me dire, en une minute, pourquoi, ultimement, tu fais ça. À quoi ça sert ?

G : Je fais de l’art parce que je pense que… il y a trois raisons. Première raison : j’aime l’art et ça se justifie parce que si je ne faisais pas ce que je faisais, personne le ferait à ma place. Le simple fait que ce soit quelque chose de plus dans le monde, je trouve que c’est une justification suffisante. Je n’ai pas à trouver d’autre sens que ça. Le fait que quelque chose d’autre apparaisse.

É : La singularité.

G : La singularité. L’émergence de quelque chose qui n’aurait sans doute pas lieu. Beaucoup d’artistes s’interrogent sur : pourquoi je fais ça? Ils sont un peu perdus. C’est terrible. C’est dur comme métier. C’est un truc très jouissif et en même temps très terrible et effrayant. Je dis toujours : cette chose-là que je fais, si je ne m’étais pas réveillé un matin en me disant : je vais le faire, ça n’existerait pas. Je préfère l’existant au non-existant. Je préfère la chose au néant. Même si le néant me hante.

La deuxième raison, c’est que c’est une vocation. C’est que depuis que je suis enfant, je n’ai jamais voulu faire un autre métier. Donc, je n’ai pas de doutes. Je n’ai pas vraiment de questionnement. La troisième raison, c’est que je pense qu’on vit une époque dure qui est en train de subir des grands changements et je pense que ce qui peut sauver l’honneur d’une époque, notre honneur à tous, c’est entre autres la création artistique.

É : C’est satisfaisant… comme réponse. Merci beaucoup. Merci de nous avoir accueillis et puis de nous avoir donné des pistes, un fil d’Ariane dans ton labyrinthe.

G : J’espère que vous vous y perdrez en tout cas. C’est ce que je vous souhaite.

É : Avec plaisir. Avec grand plaisir.

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ratsdeville@montréal est une série webtélé coproduite par L’Arcade et co-diffusée par TV1 (Bell, vidéo sur demande) et ratsdeville (web).

Équipe L’Arcade Studio Transmédia :

  • animateur / concepteur – Éric Bolduc
  • producteur – Guillaume Couture
  • réalisateur – André Hamilton
  • coordonnatrice – Esthel Rousse

Équipe TV1 :

  • réalisateur – Frédéric Cusson
  • caméramans – Julien St-Pierre / Frédéric Sagard / Alex Barbeau / Dominic Dutil
  • coordonnatrice de production – Vanessa Paquette
  • coordonnatrice des bénévoles – Tamraa Greenidge
  • maquillage – Jessica Branchaud Meneses
  • infographie – Anastasia Efimova
  • mixage sonore – Pierre Bourcier
  • montage – Véronique Levert
  • assistant à la production – Francis Leblanc
  • productrice web – Joannie Couture
  • coordonnatrice administrative – Lara de Beaupré
  • producteur en chef – Yvan Lajeunesse
  • directeur général – Louis Douiville

Crédts photos et vidéos :

  • Courtesy XPO Gallery et Grégory Chatonsky
  • Vinciane Verguethen

Artiste invité : Grégory Chatonsky

Une initiative inspirée de ratsdeville

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