Ce matin, j’ai surpris Carola, propriétaire d’une épicerette tout près de chez moi, à jouer de la flute traversière. Installée en coin à côté du comptoir des viandes froides et des mets préparés, un cahier de partitions incliné, l’instrument argenté tout près d’elle. Elle me dit qu’elle profitait du calme pour pratiquer. C’est vrai qu’il n’y avait pas d’autres clients à cette heure.

Artiste accomplie, bien humble, Carola s’adonne à toutes sortes de disciplines, ayant fait du ballet dans ces jeunes années, et pratiquant plusieurs instruments, dont le piano, etc. Elle prend régulièrement des cours pour apprendre des langues étrangères où encore des ateliers de dessin d’observation au Jardin Botanique, et vend des cartes de souhaits arborant des aquarelles magnifiques.

J’ai joui de l’entendre pratiquer une pièce classique à la flute pendant que je ramassais des trucs à manger et boire.

Puis vient le moment de payer pour mes courses. Après m’avoir demandé « tu vas bien ? / oui très bien et toi ? », elle répond « oui  – grâce à Dieu  – très bien ».  Elle dit ça presque imperceptiblement.

Je lui demande « grâce à Dieu ? ». Elle répond « oui ».

Il n’y avait rien à ajouter.

J’aurais pu revenir avec quelque chose comme « quel Dieu ? », en voulant dire Allah ou le dieu chrétien ou encore ? Mais non, ce n’était pas ça.

Il n’y avait rien à ajouter et ce moment était parfait. Ça m’a mis tout de go dans une humeur magnifique, très élevée. Un sentiment de révérence m’habitait et ça n’était pas dans ma tête, c’était ailleurs, en dehors du mental.

Dans ma famille, j’ai surtout entendu (quoique rarement) l’expression « si Dieu le veut », qui pour moi sonne comme une plainte ou une crainte (qu’il ne veuille pas). À l’inverse, « grâce à Dieu » exprime de la gratitude, une dose d’espoir dont nous pouvons tous bénéficier …

Il suffit peut-être pour ça de s’ouvrir à cette possibilité, celle-là même de recevoir la grâce, peu importe sous quelle forme elle s’offre à nous. Ce matin, comme à plusieurs moments de ma vie quotidienne, Carola était une grâce et je l’ai reçue. Et pour ça j’éprouve du bien-être et de la gratitude.

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