Je viens de compléter le 2e de 3 certificats de ma formation de thérapeute en relation d’aide (TRA)® avec l’Approche non directive créatrice (ANDC)® au Centre de relation d’aide de Montréal (CRAM).

Des acronymes qui ont acquis un sens très concret pour moi.

Ce qui m’habite juste là, bien sûr, c’est de la fierté pour l’accomplissement académique et professionnalisant : près de 1000 heures de formation cumulées sur 2 ans, incluant la pratique thérapeutique avec client.e.s (en tant que stagiaire), des heures et des heures de thérapie personnelle (en tant que client), une vingtaine de bilans de 15 pages chacun, autant de lectures obligatoires et autres travaux.

Certificat 2 — Initiation à la relation d’aide par l’ANDC et à l’actualisation du leadership

Dépassement personnel

Plus précieux que ça encore, ce sont mes dépassements sur le plan personnel qui allument un feu de joie dans mon cœur.

Pour devenir thérapeute en relation d’aide, je passe par toutes sortes de processus de connaissance de soi. C’est comme un grand nettoyage psychique, une transformation personnelle qui m’aide à m’aimer, gagner en confiance et en estime, pour mieux servir mes futur.e.s client.e.s.

Je vais maintenant te parler de 2 moments importants que j’ai vécu durant l’intensif — la semaine qui clôture cette 2e année de formation — où j’ai pris le taureau par les cornes et dépassé des peurs.

L’intensif

L’intensif, ça se passe vraiment comme sur un bateau.

Imagine une trentaine de matelots qui évoluent ensemble pendant 6 jours, 10 heures par jour, à explorer leur vécu, leurs zones sensibles, fonctionnements, mécanismes de défense, ressources psychiques, moyens de protection, pour ultimement créer leur propre voie de libération et de transformation, unique à chacun.e.

Parce que vois-tu, nous les humains sommes tous imparfaits, complexés et défensifs. Personne n’est au dessus de ça. Ni nos formateur.trice.s, ni les thérapeutes professionnel.le.s, ni le Dalaï-lama.

Austin Neill

L’ANDC® — créee par la Québécoise Colette Portelance — propose des pratiques et des outils pour apprendre à mieux se connaitre, s’accepter, s’observer, se responsabiliser et passer à l’action en vue de créer une vie plus satisfaisante pour soi.

Durant cette semaine de l’intensif — que la plupart du groupe a suivi en présentiel, suite à 2 ans de formation Zoom — nous avons réussi de grandes choses.

Au programme, une suite de présentations orales en groupe, sur des sujets intimes en lien avec nos relations importantes. Comme nous étions une bonne gang, ça nous prenait la semaine pour assister aux présentations.

Laisse-moi te dire qu’il s’en pleure des larmes, avant, pendant et après les présentations.

En marge de cette activité, nous étions invité.e.s également à prendre soin de soi « en relation » les un.e.s avec les autres. Ça voulait dire prendre soin des non-dits par exemple.

adrianna geo

Le personnage

Je suis arrivé dans cet intensif avec le double objectif d’être authentique et vulnérable durant la semaine. J’ai choisi ça pour m’aider à sortir d’un de mes fonctionnements à moi : le personnage.

Le fonctionnement de personnage, ça peut être de « plaquer » des bons comportements coûte que coûte, si le personnage en question est le bon gars… ahem, en tous cas.

Moi par exemple, par insécurité et manque de confiance en moi, je peux chercher à plaire à tout le monde. Ce qui m’amène à me castrer, à ne pas me montrer dans ce qui se passe vraiment pour moi. Je peux me tasser dans le but de me mouler aux besoins et aux désirs (présumés) de l’autre. Je peux « me lâcher » oui, comme on dit au CRAM.

Intense !

Je suis un gars assez intense : un grand extraverti, émotif et grégaire, avec des élans puissants d’aller vers les autres pour me nourrir en relation. J’ai aussi des peurs qui viennent avec ça : peur de blesser l’autre, peur de l’envahir avec mon intensité, peur de l’humiliation, peur du jugement, peur du rejet, peur de perdre l’amour…

Comme j’ai de la difficulté à accepter de vivre cette intensité, je la refoule, jusqu’à ne plus être en contact avec. Ça me cause toutes sortes de malaises et d’incongruences en relation.

Toujours est-il que, conscient de ça, j’ai fait le vœu d’être authentique et vulnérable durant mon intensif. Et ça a donné ce que ça a donné (!)

Toby Elliott

Moment 1 — La présentation

Lors de ma présentation, j’ai parlé de mon chum et de ma meilleure amie, entre autres.

Je me suis rendu compte que je n’étais pas super « collé à mon vécu » de ce que ça me faisait vivre de raconter ça devant mes collègues et notre formatrice. En gros, je me suis retrouvé dans un fonctionnement défensif de performance.

Parce que voilà, je voulais être bon élève et je me suis coupé de mes zones sensibles de gêne, de honte et de culpabilité (ou plus communément nommée « peur du pas correct »).

Dans le fonds, j’étais d’accord que je n’avais pas trop montré ma vérité durant ma présentation, ni offert de fenêtre sur mon vécu… Comme je ne voulais pas trop « dealer » avec ce vécu insécure « live », j’ai eu du mal à recevoir les commentaires constructifs que m’offrait ma formatrice après la présentation. Je me suis fermé.

Révélation

Je me suis rendu compte que je prenais les observations de ma formatrice comme des critiques et des reproches. Je l’ai « pris personnel » comme on dit.

En soi ce n’est pas génial ce qui est arrivé si on arrête là. J’étais déçu de moi 😦

J’ai assisté aux présentations de mes collègues ce jour-là avec une certaine amertume et même de la jalousie de les voir authentiques et vulnérables justement. Je me suis comparé.

Napoleon Vier, Ecstasy of Saint Theresa. CC BY-SA 3.0

Irresponsabilité

Quand je suis arrivé à la maison, j’ai conflué avec mon chum (je me suis victimisé en blâmant ma formatrice « dans son dos »). Surtout, je me suis dit mentalement à moi-même que j’allais bouder pour le reste de la semaine.

Je me voyais prendre la décision de fermer mon cœur. Même si je savais que c’était puéril et immature comme comportement, c’était la décision que je prenais.

Pourtant, je sais très bien « rationnellement » que ce n’est pas une voie pour plus de paix et de satisfaction. Tant pis, c’est ce que j’allais faire et basta. La semaine serait bientôt terminée et je n’allais probablement pas recroiser cette personne, etc.

Sans le savoir, je me suis donné la permission de vivre une forme d’irresponsabilité. En quelque sorte, je ne me suis pas castré dans ça. Et c’est seulement après avoir vécu cette bouderie « assumée » dans mon cœur que j’ai pu faire le chemin…

Faire le chemin

Luca Iaconelli

Dans notre approche de l’ANDC, nous sommes appelés à prendre un chemin de transformation des fonctionnements défensifs. Et ça passe par un bout d’irresponsabilité oui.

Après avoir contacté mes véritables élans défensifs de bouderie, j’ai pu m’arrêter, réfléchir et laisser la place à mon vécu sous-jacent.

Dans notre jargon, on parle de « virer la caméra vers soi ». Au lieu de rester dans la victimisation — trouver des tors aux autres, de rester « sur eux et elles », de focaliser sur comment il.elle.s nous ont floué, etc. — nous nous regardons…

Nous posons la question « qu’est-ce que je vis, qu’est-ce qui se passe pour moi ? »

En m’arrêtant à mon vécu, j’ai pu voir que j’étais en colère, que je trouvais ça injuste ce qu’on me demandait : parler de 3 relations importantes, des mes fonctionnements, de ce qui part de moi, avec des exemples précis, etc. tout en restant collé à moi, à mon vécu, mes émotions, authentique et vulnérable… tout ça en 15 minutes, je trouvais que c’était trop (pour moi).

J’aurais voulu plus de temps…

Éric Bolduc, bébé poulet, encre sur papier

Sensible

En fait, j’ai vu que je n’avais pas été sensible à l’exigence que ça représentait pour moi et donc mon personnage a pris la relève.

Un de mes personnages, c’est le « supérieur ». Super-Éric n’a pas trop besoin d’étudier ou se préparer pour réussir ses cours. Il se trouve tellement hot, qu’il peut improviser et épater la galerie à chaque fois. Tu comprendras que Super-Éric n’existe pas vraiment ; il vit dans les nuages. Dans la réalité, il me laisse tomber dramatiquement le moment venu.

C’est ce qui m’est arrivé.

Comme j’étais insécure et nerveux, je me suis « coupé » de mes émotions et de mes peurs de vivre de la gêne ou de la honte de me montrer imparfait devant mes collègues. Je suis entré dans un mode de performance mué par le désir de bien paraitre, d’être bon élève, voire élève modèle.

Parce que j’avais peur des critiques, je me suis réfugié dans ma défensive rationnelle, j’ai rationalisé ma présentation. Je n’étais pas vraiment touché ni ému par moi-même dans mon partage. Et surtout, je n’étais pas en mesure d’accueillir les pistes que ma formatrice m’offrait pour ma propre évolution oui.

Éric Bolduc, bébé extra terrestre, feutre sur papier

Ayant compris ce qui s’était passé pour moi, j’ai pris rendez-vous avec ma formatrice pour lui parler de tout ça. J’étais maintenant capable de la regarder dans les yeux et lui partager mon vécu en toute humilité. J’avais récupéré mon pouvoir personnel, mon honneur et mon intégrité !

J’ai pu au passage lui exprimer que j’étais désolé pour moi-même et aussi pour elle, puisque à ce moment, je lui avais fermé mon cœur.

C’est ce qu’on nomme « se récupérer en relation ».

Moment 2 — le dévoilement

Un autre mot qu’on s’approprie au CRAM et qui a une saveur bien particulière, c’est le dévoilement. Certain.e.s parlent aussi de se dénoncer (!)

Il s’agit d’avouer à soi-même, et puis aux personnes concernées, les sentiments, les impressions et le vécu qui nous habitent dans notre réalité psychique, dans notre cœur.

Se dévoiler, c’est se montrer tel quel, c’est être honnête et transparent dans une expression courageuse en relation. Ça implique souvent de dépasser des peurs irrationnelles, mais bien réelles pour nous, qui nous empêchent d’exister pleinement avec les autres.

John Noonan

Histoire d’amour

Pour aller droit au but, j’ai vécu une sorte d’histoire d’amour durant l’intensif.

Cette histoire a commencée au cours de l’année, en Zoom donc. J’étais curieux et fasciné par un de mes collègues de classe. Je le trouvais tellement beau dans son authenticité et sa vulnérabilité justement, que j’étais comme envouté.

Je tiens à clarifier (oui je me justifie !) que je tombe régulièrement amoureux de mes ami.e.s et que cet élan est à la fois passionné et platonique. Même si je tripe fort sur une personne, je n’ai pas pour autant l’envie d’aller jouer dans ses pantalons. Voilà c’est dit 😛

Complexe

Toujours est-il que cette personne éveillait des sentiments positifs chez moi ; je la trouvais très attractive. J’avais envie de la connaitre davantage et de me rapprocher pour nouer une vraie relation amicale.

Par exemple, quand je me suis porté volontaire pour piloter le comité de reconnaissance de l’intensif, je lui ai demandé de faire ça avec moi. Il a dit oui tout de go sans trop y penser. Ça m’a donné l’occasion de prendre des rendez-vous téléphoniques, dans le cadre de la gestion du projet. Et à travers ça, d’apprendre à se connaitre un peu plus.

Il habite à l’extérieur de la ville et à son arrivée à Montréal, il m’a invité à prendre un verre. Je l’ai vu avec mon copain ! Ils se sont appréciés mutuellement, à mon grand plaisir.

Je lui ai même dit assez vite ces mots là « je tombe amoureux de mes ami.e.s ». J’étais conscient qu’il se passait quelque chose pour moi. À ce moment-là, il ne m’a pas rejeté.

Il y a eu plusieurs moments comme ça où je lançais des paroles pour lui exposer comment j’étais charmé par lui. À ces moments-là, il ne m’a pas rejeté non plus.

Craquer

Samuele Giglio

Durant l’intensif, ce collègue et moi, nous avions souvent des discussions à l’heure du lunch. Nous nous sommes même vus à 2 occasions après les cours, avec d’autres membres du groupe.

J’appréciais sa légèreté, son sens de l’humour et son cœur d’enfant. Pour moi, il représente bien ce que j’appelle un « enfant naturel », décomplexé, assumé, joyeux et confiant, à l’aise avec lui-même.

À son contact, mon attachement pour lui s’est intensifié. Tellement que, au 4e jour, je me suis vu me couper de mes sentiments et de mes élans d’aller vers lui. J’avais peur d’être envahissant, peur de lui faire peur et d’être abandonné dans cette relation. Aussi, je l’ai évité toute la journée.

Puis il s’est passé quelque chose pour moi le matin du 5e et avant-dernier jour. Nous avions un rituel de groupe, nous écoutions une chanson offerte aux collègues qui allaient faire leur présentation ce jour-là. Les paroles de la chanson choisie parlaient de voyage au bout du monde etc. Ça m’a bouleversé et je me suis mis à pleurer à chaudes larmes. La champlure était ouverte et je n’arrivais plus à la fermer.

J’ai tout de suite vu ce qui se passait pour moi. Dans mon cœur, j’étais vraiment triste de perdre mon nouvel ami dont la seule présence m’apportait tellement de plaisir et de dégagement.

La semaine d’intensif tirait à sa fin et je n’étais pas dupe : j’ai souvent connu ce genre d’amitié « contextuelle », avec des collègues au travail par exemple, comme des amourettes de camp d’été. Avec la fin du contexte, les changements d’emploi ou autres, vient le plus souvent la fin de la relation.

Affronter mes peurs

Pendant une pause, je lui dis « hey, j’ai quelque chose à te dire », puis je l’ai invité à me joindre dans une cage d’escalier. J’avais besoin d’un minimum d’intimité pour me dévoiler à lui.

Ça m’a pris 2 minutes et beaucoup de courage pour lui avouer ce qui se passait pour moi. J’avais peur de l’envahir, qu’il me trouve « collant » quand je cherchais sa compagnie, sa proximité, quand je lui démontrais de l’affection. J’avais peur d’être « too much ».

J’avais aussi beaucoup de difficulté à accepter et accueillir mon vécu de tristesse de perdre sa proximité. Je m’étais attaché à lui, j’allais perdre ce contact et je ne savais pas quoi faire avec l’intensité que ça me faisait vivre. Je vivais un deuil, une perte.

Et aussi, j’étais terrifié sur un plan irrationnel, de me montrer à lui dans tout ça.

En tant que gars « pas straight », j’ai un script malicieux inscrit au fer rouge dans ma psyché : démontrer mon affection et mon attachement à un homme viril et hétéro, c’est me mettre en danger.

😦
il vano

Quel danger ?

Danger d’humiliation et danger pour mon intégrité physique. Même si on ne m’a jamais tabassé pour mon identité de genre ou mes préférences sexuelles, c’est une menace qui circule dans mon système énergétique depuis ma tendre enfance.

Je m’identifie en tant qu’homme bisexuel et bispirituel. Au fond, c’est bien simple et ça vient tout de même avec son lot de complexité dans mes rapports sociaux et amicaux. Ça peut déclencher des malaises et de la confusion, surtout chez moi (!)

Toujours est-il que mon ami ne pas rejeté à ce moment-là non plus. Il ne s’est pas enfui en courant quand je lui ai partagé ce qui se passait pour moi.

Et son accueil dans le non-jugement, ça a guéri quelque chose en moi. J’ai pu voir comment cette histoire tragique que je me racontais — qu’il allait me rejeter si je lui avouais la profondeur et l’intensité de mes sentiments à son égard, mes peurs et mon vécu — eh bien, c’était vraiment juste ça, une histoire que je me racontais et rien d’autre.

Je ne vais pas te dire ce qu’il m’a répondu, sauf ceci, le plus important pour moi : il m’a dit que je n’étais pas « too much », que mon attention, mon affection et mon attachement, ce n’était pas « trop » pour lui. Et que si ce l’était, il me le dirait de toutes façons.

Shravans14. CC BY-SA 4.0

La réalité

Ce dépassement m’a fait voir comment les peurs que je vis, ça se passe avec moi et moi et moi. Ça ne correspond pas à une réalité objective. D’une certaine façon, mon ami était à ce moment-là ce qu’on appelle une « planche de transfert ».

Aujourd’hui, je n’ai pas de certitude que nous prendrons soin de maintenir cette relation.

Entre temps, j’ai réussi à traverser un mur en existant avec ma vérité, avec mon vécu à moi, et je l’ai fait en relation. C’est un grand dépassement pour moi. J’en ressors dégagé et plus libre. Je suis sorti de ma cachette !

J’espère que cette histoire t’incite à exister avec ton intensité ou quoi que ce soit qui existe en toi et qui ne demande qu’à s’exprimer. La vie est courte (il faut en profiter) et trop longue à la fois (pour se cacher et souffrir en silence).

Merci pour ton attention !
Éric X