Suite à une première rencontre autour de la jalousie, ma collègue Caroline Bied, TRA, thérapeute en relation d’aide® a entamé une série d’entretiens vidéos avec des TRA® qu’elle intitule The Therapy Bus.
Cette fois, Caroline m’invite à explorer une autre émotion désagréable : la colère.
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La colère donne des ailes
Tout en douceur, Caroline et moi parlons de la colère et de notre rapport à cette émotion difficile.
Nous portons tous un bagage personnel sur la colère influencé par notre éducation.
Pour plusieurs, ce bagage en un de refoulement et d’inhibition.
Nos parents, éducatrices et éducateurs nous ont peut-être fait savoir assez tôt dans l’enfance qu’il n’est pas approprié d’éprouver de la colère ni de l’exprimer.
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Résistance

Caroline constate que sa voix change quand elle se sent envahie par la colère.
Ça bloque, comme si quelque chose vient court-circuiter la pleine expression de l’intensité.
Avec raison : sa mère lui a dit que ce n’était pas bien d’être en colère.
En même temps… elle saisit que lorsqu’elle éclabousse, l’expression de la colère peut être culpabilisante pour l’autre.
Et lorsque la colère est extrême, qu’elle se fait rage, elle peut faire peur.
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Territorial

C’est une réaction instinctive de vouloir protéger son territoire personnel, ses affaires et sa personne.
La colère arrive souvent quand une limite est dépassée, que ce territoire semble menacé.
L’énergie de la colère tranche, ce n’est pas subtil.
Une force qui dit « ça s’arrête là » et qui insiste, qui veut marquer le coup.
Un besoin de respect, qu’une limite soit entendue.
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Physiologique

La colère provoque des réactions chez soi et chez l’autre.
Ça passe par le corps qui se prépare à se battre.
Le système nerveux se met en alerte, on éprouve des sensations physiques, le cœur qui bat plus fort ou plus vite par exemple.
Des sensations qui peuvent persister, surtout si on cherche à les bloquer.
L’impact sur le corps, ça peut même affecter les capacités d’auto-régulation, de maîtrise de soi.
La colère bloquée influence notre aptitude à faire face aux petits défis de la vie courante.
C’est incapacitant … lorsque la colère ne circule pas, ça peut retirer notre énergie vitale.
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Respirer dans ça

Plutôt que d’entraver la circulation de l’énergie colérique, lui permettre d’exister.
Aller à sa rencontre avec la curiosité et l’ouverture d’explorer ce vécu difficile.
Se donner la permission de vivre du malaise, quelque chose de désagréable.
Il y a un cadeau derrière ou en dessous de cette colère…
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Prise de conscience

L’autre jour, j’essayais d’avoir de la clarté sur une situation difficile au travail.
Je restais confus, pris dans l’incompréhension du malaise que je portais.
Je me demandais : qu’est-ce qui me dérange au juste ?
Ma thérapeute m’a aidé à voir que j’étais en colère et ça m’a surpris sur le coup.
Je ne me permettais pas de vivre cette émotion, et je ne m’en rendais même pas compte.
J’ai compris que je refoule cette émotion parce que je la juge.
L’impact de refouler ma colère, c’est que je reste confus sur ce que je vis.
C’est parce que je ne regarde pas (je nie) ce qui me dérange que ça bloque… et je tourne en rond.
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Brûler des étapes

Ce que j’observe souvent, c’est que je me sur-responsabilise.
Par peur de ne « pas être correct », je veux tout de suite arriver à l’étape de ma « pleine responsabilité ».
Le hic c’est que je refuse d’avouer mes véritables sentiments.
Je refoule ma réaction naturelle, surtout s’il y a de l’agressivité.
Avant même qu’elle émerge, je veux passer tout de suite par dessus ma colère, par dessus ce bout-là de « survie psychique ».
Lorsque quelque chose me dérange, au lieu de riposter ou m’affirmer avec une dose d’intensité, je bloque ma réaction, je réprime.
Je ne me donne pas la permission de vivre ce bout d’irresponsabilité momentanée et « normale ».
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Neutre

L’énergie de la colère n’est ni bonne ni mauvaise ; c’est une émotion humaine naturelle, elle est neutre.
En réalité, elle est bienfaisante, puisqu’elle offre un bénéfice : de l’information.
La colère nous informe de nos limites et de l’importance de s’affirmer, d’exister en relation.
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Passif-agressif

Ma colère souvent, elle ne se manifeste pas … ou pas directement de façon assumée.
Quand je suis déclenché, que je ne me sens pas respecté en relation par exemple, je vis un malaise sans me donner la permission de contacter ce qui se passe vraiment pour moi.
C’est en partie dû à des mécanismes de défense, une sorte de conditionnement de sur-adaptation à l’autre.
Si je ne fais pas attention à ces mécanismes, ils peuvent prendre des décisions pour moi.
Autrement dit, je ne suis pas libre.
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Harmonie à tout prix

La sur-adaptation c’est modifier nos valeurs et notre personnalité pour répondre aux exigences d’une situation. — Elise Ramaroson
Quand je ne m’écoute pas, c’est peut-être que je privilégie inconsciemment mon besoin de sécurité relationnelle.
Je peux chercher à plaire à l’autre, en le prenant en charge ou en le ménageant par exemple, plutôt que de considérer d’autres besoins essentiels comme l’expression et l’affirmation de soi.
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Inhiber

Refouler, réprimer, me couper des sentiments et émotions désagréables comme la colère, la tristesse, la déception, etc.
Je peux faire ça pour préserver l’harmonie, pour « sauver la relation » et ne pas perdre l’autre.
C’est me tasser intérieurement, je me coupe alors de moi-même … et de l’autre aussi finalement.
Et ce vécu désagréable ne disparaît pas pour autant.
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Impact relationnel

L’amertume qui s’accumule, ça se loge dans mon système nerveux sous forme de tension.
Je peux alors être extra sensible, réactif … autrement dit défensif !
Je prends tout commentaire comme un reproche ou une critique et je réagis en faisant la gueule.
Je me raconte que je fais ça pour l’autre, et en même temps j’accumule du ressentiment : je peux en vouloir à l’autre et à moi-même sans me l’avouer.
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Sainte colère

J’apprends à accueillir ces états difficiles avec plus de conscience et de compassion pour moi.
J’ai travaillé fort plus jeune pour m’élever au dessus de mon vécu souffrant.
Aujourd’hui je me donne la permission de me laisser vivre les trucs désagréables, de faire circuler cette énergie en moi.
C’est contre-instinctif de la voir comme ça, et la colère est une forme pure de bienveillance pour soi-même.
Aussi, quand je me me dis que l’autre ne me respecte pas, c’est désormais un signal pour me demander « est-ce que moi je me respecte ? est-ce que j’accepte n’importe quoi ? »
Suite à cette prise de conscience, je peux (si je le souhaite) exprimer à l’autre ce qui se passe pour moi, mes désirs et ce dont j’ai besoin.
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Exercice

M’accueillir et être sensible à moi, laisser monter, laisser exister ce qui est là.
L’acceptation et l’accueil de soi, tel quel, sans autre agenda.
Je vois au passage que je continue de me juger dans les émotions difficiles comme la colère, je me trouve « pas correct » de ressentir ça.
C’est un nœud inconscient que je m’applique à dénouer.
Je travaille à accepter d’être imparfait, accepter ma nature humaine.
Je ne suis pas ce personnage qui serait au dessus de ça la colère, cette personne n’existe tout simplement pas.
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Vital

Quand je m’arrête à ça, j’ai de la peine pour moi.
Parce que ce blocage m’empêche de vivre de façon plus complète et satisfaisante.
J’ai beau le savoir intellectuellement, je dois continuer de pratiquer cette acceptation et cet accueil de moi tel que je suis réellement.
L’énergie vitale, l’élan de la colère, je peux l’utiliser, m’en servir pour m’affirmer, pour passer à l’action, faire des choix.
C’est possible de faire ça sans tomber sur l’autre dans le feu de l’émotion.
Et ça demande du discernement.
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Faire un pas pour soi

Si quelqu’un m’interprète, me prête des intentions, je peux être en contact avec ce « non » intérieur.
Je peux parler pour moi, prendre la parole et ajuster le tir au besoin.
Surtout si c’est de moi dont il s’agit : je vais parler pour moi, merci.
Ça peut être respectueux, parce que je reste sur moi, je reste de mon bord.
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Accompagnement
C’est un honneur et un privilège d’accompagner les personnes dans l’exploration de vécu difficile et avec ce que qu’elles portent de complexité.