L’été dernier, une galerie d’art montréalaise (Patrick Mikhail), intitulait une exposition The Triumph of the Therapeutic (le triomphe de la thérapeutique). Quelle intention se trouve derrière ce titre inusité, où l’on dénote une certaine ironie ? Il s’agit en fait d’une proposition audacieuse, alors que depuis les années 70, la critique d’art a tout fait pour évacuer le beau des pratiques contemporaines. Ainsi, il est commun aujourd’hui de rejeter des démarches dites esthétiques, que l’on juge décoratives seulement. Comme si le beau ne pouvait se conjuguer avec le sens. Autrement dit, l’art qu’on trouve beau, qui pourrait « faire du bien », serait écarté au profit d’un art moins accessible, voire élitiste.

À vrai dire, l’art contemporain et l’art-thérapie n’ont pas grand-chose en commun.

L’art-thérapie, qu’est-ce que c’est au juste ?

Selon l’Association des art-thérapeutes du Québec : « L’art-thérapie est une discipline des sciences humaines qui étend le champ de la psychothérapie en y englobant l’expression et la réflexion tant picturale que verbale. Bien qu’en art-thérapie la personne puisse aborder le même type de problèmes que dans une thérapie verbale conventionnelle, elle s’engage toutefois dans le processus thérapeutique en créant une œuvre avec le matériel d’arts plastiques tout en discutant avec le ou la thérapeute. »

Je vous entends rétorquer que vous n’êtes pas doué en dessin … À cela, l’association répond :

« L’habileté artistique n’est pas un pré-requis pour faire de l’art-thérapie. La qualité technique et l’attrait que suscitent des œuvres produites par les personnes n’ont pas d’effet direct sur la valeur thérapeutique de l’intervention en art-thérapie. »

L’intérêt de cette discipline ne sert donc pas à montrer un savoir-faire, produire des chefs-d’œuvre, ni même égayer les murs de sa cuisine avec des mandalas aux couleurs de l’arc-en-ciel.

L’art-thérapie capitalise sur le pouvoir d’un mode d’expression non-verbal.

Comme le jardinage, l’art nous donne l’occasion d’entrer dans une profonde détente, une sorte d’état second, non sans rappeler des activités récemment popularisées en Occident, telles que le yoga et la méditation de pleine conscience.

Une pratique artistique peut donner lieu à une cessation (tout du moins une relaxation) de l’activité linguistique qui, pour la plupart d’entre nous, occupe perpétuellement notre espace psychologique. Cette pause du cerveau rationnel et verbal occasionne l’ouverture de canaux habituellement dominés par le mental. Nous entrons alors en contact avec le corps physique, les émotions, la pensée symbolique et intuitive. L’exercice de l’art nous rapproche ainsi de la voix de notre âme, non-réductive et hors de ce monde.

En collaboration avec la Brigade Art Affaire de Montréal BAAM

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