Aujourd’hui, à l’été 2017 – 20 ans (!) après ma sortie du bacc en beaux-arts – je suis très heureux d’offrir des tirages de mes dessins sur Habaku, la boutique que Bibiana et moi avons créée. On y trouve neuf dessins répartis en deux collections, Chakras et Déités.

Habaku est né du désir de distribuer les zafus, ou coussins de méditation, de ma collègue et amie. Assez tôt, nous avons souhaité y ajouter mes œuvres, puisqu’elles s’inscrivent dans l’esprit de pleine conscience qui nous est chère.

La petite histoire

Ma mère dit que je dessinais avant de parler. Jeune, je ne m’entends pas avec les enfants de mon âge. Pas du tout sportif et plutôt efféminé, j’opte le plus souvent pour la lecture et le dessin, qui deviennent pour moi de véritables lieux-refuges.

Ça ne change pas beaucoup durant mon parcours scolaire. Au secondaire, je choisis bien entendu les arts plastiques et aussi la biologie, qui me fascine.

En dernière année, un ami me suggère d’aller à l’Université d’Ottawa. Le baccalauréat en arts visuels exige seulement de postuler avec un portfolio, et ne nécessite pas de faire d’année pré-universitaire.

À l’époque, rien ne me retient où j’habite. La relation avec mes parents est loin d’être géniale – elle s’est radicalement améliorée depuis – et l’idée de déménager à six heures de voiture me plait.

Ottawa – 1993 à 1997

J’aime beaucoup les quatre années passées là bas. Le programme nouvellement remanié embrasse l’art « contemporain », à mon grand plaisir. J’apprends le dessin, la peinture, la photographie en chambre noire, la sculpture, l’inter-média (audio et vidéo).

C’est là que je débute la pratique du sketchbook, la manie d’écrire et dessiner dans un cahier de croquis. C’est ce médium que je continue de privilégier aujourd’hui, ayant à ce jour rempli une cinquantaine de cahiers.

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Extrait de cahier, 2008

J’ai du succès dans mes cours d’atelier, en peinture surtout, comme dans mes cours théoriques et d’histoire de l’art. Ayant choisi de prendre un job seulement l’été, je passe mon temps au studio et noue des amitiés sincères avec les autres étudiants qui vivent comme moi jour et nuit au département.

Je termine deuxième de ma promotion avec mention honorable. Malgré ça, je ne pense pas un instant à « être artiste » comme métier. Ça ne me traverse pas l’esprit. Bien sûr, je peux fabuler à l’occasion que mon travail remporte un certain succès, voire d’être représenté en galerie. Je suis peut-être simplement trop conservateur et insécure pour emprunter cette voie.

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Éric Bolduc, Yogambara (semi-wrathful) with consort Jnana Dakini, 2013, feutre et aquarelle – tirage numérique, jet d’encre sur papier 100% coton. [Acheter ce dessin]

Montréal

Je poursuis ma pratique, en parallèle à mes emplois du moment, aménageant un atelier de fortune dans ma chambre, allant jusqu’à louer un espace partagé, pour un temps. Au début, j’expose une fois par année, puis aux deux ans … Éventuellement, je trouve plus de plaisir à organiser des expositions pour d’autres artistes. Je joue au commissaire et à l’agent.

Pendant plusieurs années, je trouve des acolytes avec qui poursuivre des activités créatives. Lundi avec Jean-François, on fait de la musique électronique, mardi avec Guy, des collages dans Photoshop, le dimanche, je cuisine avec Franck.

Les bouquins

Un jour à la bibliothèque, j’emprunte un livre sur la théorie des couleurs. Sans le savoir, j’embarque dans une quête infinie d’apprentissage sur le système énergétique humain, autour des chakras et de l’aura. D’autres livres me tombent également entre les mains, qui changeront ma vie à jamais.

Le plus important étant L’anatomie de l’esprit de Caroline Myss. J’enchaine ensuite la lecture d’une panoplie d’ouvrages sur la pleine conscience, la méditation et le zen. Les livres m’arrivent par hasard semble-t-il, toujours plus pointus, dans un crescendo de complexité et de raffinement.

Je débute une pratique de méditation.

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Éric Bolduc, Hakini, 2009, feutre et aquarelle, d’après l’œuvre de Harish et Isandeep Johari – tirage numérique, jet d’encre sur papier 100% coton. [Acheter ce dessin]

Dessiner

Aujourd’hui, je dessine toujours. C’est une façon d’exister, de se dire le monde à soi-même. Je m’explique le monde, le phénomène de la réalité, ou encore la réalité phénoménale, telle que perçue dans mon théâtre intérieur. Ma subjectivité est mon objet, je m’arrête là où je suis le plus fasciné. Je regarde des images, en trouve une qui m’arrête, me tient en haleine, je tombe amoureux.

À ce point, je peux choisir de m’abîmer dans l’image, pour la connaitre, poursuivre l’expérience, une fuite à l’intérieur. Je m’attèle à la reproduire. Avec mes yeux, j’habite l’image, je m’en imprègne. C’est une contemplation active. Ça exige/induit une concentration soutenue, parce que l’exercice en est un d’agilité. Le moindre faux pas et le papier en garde la trace.

Je me surprends régulièrement à retenir mon souffle, suspendu, anaérobiquement concentré, tout en retenue justement. Le travail de copiste devient un tour de force, une méditation, un exercice de lâcher prise.

Je le vis comme une canalisation. Je me perds dans le détail et la complexité. Cette perte c’est la perte du moi, de l’égo. Pendant un moment, il n’y a plus rien, rien que cette ligne, ce choix de couleur, la fabriquer, délayer le pigment dans l’eau, l’étirer, la déposer, appliquer la substance sur la surface du papier, exécuter le « traitement », populer l’image avec cette couleur.

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Éric Bolduc, Rahula, 2015, feutre et aquarelle – tirage numérique, jet d’encre sur papier 100% coton. [Acheter ce dessin]
Tout au long de la pratique, dans le moment de faire, accepter que ce soit imparfait, voire raté, et continuer, poursuivre doucement. Croire. Le contraire du cynisme. Se mettre à l’épreuve, investir dans une œuvre, dans l’expérience esthétique/mystique.

Cultiver certains états d’esprit. La valeur de ça, choisir ça.

Écriture automatique

Également, ne pas (savoir) faire autre chose, ou autrement. La pratique compulsive, la libération qu’elle procure – toute souveraine, exigeante à souhait – libérant de soi-même. Logique implacable, tautologie, tyran, en un sens absurde/absolue. Goût, envie, intuition, induction, écriture automatique, téléguidée de l’au-delà, ou de l’en deçà 😉

Présence, observation, réalisme, traduction, transmission, rapporter l’expérience sensible et fantasmée (aussi), s’entendre parler, s’écouter, figurer, penser, apprécier, recevoir – Voir (Les enseignements d’un sorcier yaqui) – rêver comme moyen de connaitre, méthode appliquée, dure. Chamanisme.

La solitude, liberté d’écrire, de dessiner – Les quatre accords toltèques – que nous soyons tous reliés à chacun, à toute chose. Que mon cerveau ne fasse pas la différence entre ce qu’il image/imagine et quoi d’autre ?

Toute cette expérience, vécue par l’entremise d’un jeu de réalité virtuelle. Un mode d’appréhension hallucinatoire « by design ». Le thème de base étant sauve qui peut !

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