Livre de bord d’un explorateur en Immersion

Ces jours-ci, je me plais à voir les personnes comme des bateaux, voguant sur la surface de leur propre vie. J’imagine pour moi-même une carte de navigation maritime, avec comme principal port d’attache la famille dans laquelle je suis né. Mes premiers voyages furent ceux de la scolarisation et mes amitiés d’enfance autant de pays visités. Je suis par la suite déménagé, tissant, à chaque nouveau port, de nouvelles relations, développant des activités professionnelles et sociales. Tout ça pourrait être dessiné sur une grande carte oui.

Puis la vie m’a offert des escales non-négociables: un soucis de santé, la perte d’un emploi, le décès d’un.e proche, la séparation des amant.e.s, etc. Ce que j’ai pu vivre alors comme dépression, crise existentielle ou « conditions mentales » plus sérieuses encore (!), s’est révélé à chaque fois chance inespérée: une invitation à plonger dans les profondeurs, de partir à la recherche de ce qui est réel et vrai pour moi, qui ne dépende ni de mes parents, de mes ami.e.s, d’une relation amoureuse, d’une profession ou d’une situation.

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Quand le navire chavire

Un proverbe chinois déclare « Chérissez un grand malheur » et les mystiques chrétiens parlent de la « Nuit Noire de l’Âme » en lien avec l’éveil de la conscience. Je crois que c’est de ça dont il est question. Cette obligation de s’arrêter est une offrande, et nous avons intérêt à la saisir et sortir un instant de notre beau grand bateau pour plonger dans nos propres profondeurs.

Ce que nous y trouvons risque de nous mettre mal à l’aise, comme si toute notre vie était construite pour « voguer » au-dessus, plutôt que « plonger » dans l’abysse insondable qui sommeille sous la surface de notre vie de tous les jours.

En arrêtant notre croisière, nous avons le choix d’aller à la rencontre de ce monde sous-marin. De nos jours, plusieurs méthodes sont même encouragées dans la culture populaire: relaxation, yoga, méditations et thérapies de toutes sortes. Encore faut-il en avoir l’élan.

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Le trésor

Je me considère très fortuné: j’ai reçu l’amour de mes parents et j’ai trouvé sur ma route des âmes bienveillantes qui m’ont accompagné et guidé. J’ai aussi pu compter sur les bienfaits de la créativité qui a toujours fait partie de mon existence: tout jeune, je m’évadais en dévorant les bandes dessinées et en gribouillant des personnages de fantaisie.

Comme tout le monde, j’ai eu mon lot de drames ordinaires, avec une phase plus ou moins destructrice début vingtaine, qui a culminé avec un épisode de psychose bipolaire en l’an 2000 (!) Et, bien que j’ai toujours eu un penchant pour la vie intérieure, voire spirituelle, je n’ai pas « creusé » profondément les territoires de ma psyché, si ce n’est que des explorations tout au plus récréatives.

Vers la fin vingtaine, des livres de croissance personnelle sont entrés dans ma vie. L’anatomie de l’esprit de Caroline Myss, La Voie commence là ou vous êtes de Pema Chödrön, des bouquins sur les chakras, sur le bouddhisme, le zen, l’œil du trésor du zen …

De lecture en lecture, je commençai à entrevoir à quel point j’étais, en quelque sorte, une grosse pile de bouette! Je réalisais que j’existais presque exclusivement dans ma tête. J’habitais un univers mental à 100%, et mon « navigateur » n’était vraiment qu’une construction, une personnalité qui prenait une très très grande place … et je ne pouvais trop m’en rendre compte, puisque je prenais cette création pour mon être en entier.

À l’époque, il y a eu un moment où je me suis demandé « à quoi ça sert de lire tout ça ». Je sautais d’un ouvrage de croissance personnelle à l’autre, sans que ma vie se transforme pour autant de façon visible. Il s’agissait peut-être simplement d’une phase de familiarisation avec des concepts qui s’avèrent importants et vivants pour moi aujourd’hui.

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En quête de libération

Fait amusant, étudier le bouddhisme et le zen, c’est inévitablement contempler la non-substance du monde tel que le mental le saisit. Et pourtant, j’avais besoin d’emprunter cette voie en premier par l’intellect, faire du sens avec ma tête … ironiquement, pour en sortir de ma tête!

Quand j’ai eu 40 ans, j’ai vécu une grande crise de sens. Classique, me direz-vous. Cliché ou pas, j’ai senti un appel très fort, un désir irrépressible de changement qui a surtout résonné sur le plan de ma vie professionnelle.

Après m’être sondé pas mal, je compris qu’une force en moi souhaitait se mettre au service d’une cause, de quelque chose de plus grand que ma personne et de mon train-train quotidien. En même temps, je souhaitais bien égoïstement me développer, pour mon propre bénéfice.

J’entrepris alors une démarche de réorientation professionnelle, et avec l’aide d’une conseillère géniale – allo Amélie! – j’ai appliqué sur des postes et passé des entrevues, en vue de dénicher un emploi qui me ressemble et qui nourrisse mes aspirations. C’est comme ça que j’ai abouti dans l’équipe de Spiralis l’automne dernier (2018).

Dans le cadre de mon nouveau boulot, j’ai suivi les Bases bien sûr, pour ensuite entamer le Programme d’Immersion en Dialogue Authentique. J’avoue être renversé par le processus. Je trouve les exercices pratiques en petits groupes très efficaces, et j’observe déjà des changements dans ma façon d’être, avec moi-même et avec les autres.

J’ai eu l’envie de raconter ici mon expérience personnelle après chaque module du Programme Immersion, en commençant avec Quiétude, qui demeure encore bien frais dans ma mémoire – billet à venir sous peu!

C’est un honneur de faire ce périple avec d’autres voyageur.euse.s des profondeurs et un immense plaisir de partager mes découvertes. Cet exercice de transmission nourrit chez moi des besoins d’appartenance, de contribution, de stimulation, d’inspiration et de paix.

À très bientôt — Éric

Lire la suite:

> Journal des profondeurs — Quiétude

> Journal des profondeurs — Confiance

À venir: Journal des profondeurs — Empathie

 

*Originalement publié ici: spiralis.ca/journal-des-profondeurs